Connaissez-vous l’histoire de la mode ?

Tout va toujours plus vite, même s’il faut distinguer les vaguelettes de la mode des lames de fond sociales. Dévalant la pente depuis le XVIIIe siècle, l’avalanche n’en finit plus d’accélérer son passage. Suivre les modes requiert donc non seulement toujours davantage d’argent, mais d’attention

Comme l’indiquent les mots « costume » et « habit », la mode a tout d’une coutume, ou d’une habitude, à ceci près qu’elle ne valorise pas la tradition, mais au contraire la nouveauté, le « moderne ». Elle est déjà présente durant l’Antiquité. Ovide écrit qu’en son temps on voit éclore chaque jour dans l’Empire romain de nouvelles modes. Le Moyen Âge et le xvie siècle en sont férus, en particulier à partir du xiiie siècle. Il existe alors un nombre considérable de divers métiers qui lui sont liés. Chaque génération a ses nouvelles modes et ses élégant(e)s qui leur sont associés. Cet engouement est tel que, depuis au moins le Moyen Âge, des édits sont publiés afin d’en restreindre l’extravagance. À la Cour à Versailles la mode est présente. N’arrivant pas à faire diminuer l’importation d’articles de luxe, Louis XIV et Jean-Baptiste Colbert décident de faire de ce pays le premier fabricant au monde de produits de mode. Tout au long de cette histoire, de grands noms se détachent, comme la marchande de modes Rose Bertin ou le perruquier Benoît Binet. Jusqu’au xixe siècle et les débuts du prêt-à-porter, et surtout le milieu du xxe siècle. Apparu au xixe siècle, avec le prêt-à-porter, le créateur de mode se veut un esthète, non le serviteur des codes de la bourgeoisie. De leur côté, depuis au moins les zazous, sous l’occupation allemande, les modes des adolescents s’inscrivent volontiers en rupture avec l’ordre social établi. La mode n’en a pas moins un lien indiscutable avec la société de consommation, mais aussi la face éclatante de cette industrie : la constitution d’une élite de l’image par les revues de mode, la photographie, le cinéma et la télévision.

Histoire de la mode : l’Antiquité

La nudité n’était en aucun cas considérée comme une offense à l’époque de l’Égypte ancienne et n’était pas mal vue comme elle l’a été au cours des millénaires suivants. L’habillement était un luxe et la nature de ses matériaux distinguait les aristocrates de la bourgeoisie. Plus tard dans l’Antiquité grecque, la tunique, que chacun pouvait porter individuellement et selon son goût, a prévalu. À la fin de l’Empire romain, il existait déjà des réglementations plus strictes concernant le port de certains vêtements et la tendance à la mode royale prévalait.

Dans l’Égypte ancienne, vers 4000 avant J.-C., les gens étaient très peu vêtus en raison des conditions climatiques douces. Les membres des classes supérieures, tels que les membres de la famille royale ou les prêtres, complétaient le tout par une tunique. Les esclaves, cependant, étaient généralement presque nus. Les serviteurs du palais, par exemple, n’étaient généralement “habillés” qu’avec des colliers de perles autour de l’estomac. Les robes des gens du commun étaient très simples et faites de lin moins délicat et plus rugueux.

Les bijoux corporels sont plus importants que beaucoup de tissu

Les femmes portaient des robes de la longueur du plancher, qui étaient également délicatement plissées en couches supérieures, laissant les seins libres et maintenus sur les épaules par seulement deux sangles. Dans les milieux aristocratiques, un manteau ou un collier de bijoux dorés aussi grands qu’un collier couvrait également la partie supérieure des seins des hommes et des femmes. La noblesse portait des sandales en forme de bec faites à partir des tiges de la plante de papyrus.

En Égypte, il y eut aussi les premières perruques portées par des hommes et des femmes nobles. Pour les occasions festives, ils aimaient couvrir leurs têtes souvent rasées avec ces perruques faites de cheveux humains tressés, de fibres de lin ou de palme. La cire d’abeille a servi de liant pour la coiffe artistique. Les perruques servaient non seulement de bijoux, mais aussi de symbole de statut social. Les coiffures étaient très élaborées et nécessitaient une technique compliquée de tressage et de tissage. 

L’individualité et la démarcation avec les Grecs et les Romains

À partir de 1200 avant J.-C. environ, la Grèce et Rome ont pris la tête de la mode pendant plus d’un millénaire. L’artisanat et le commerce étaient plus développés ici que dans le reste de l’Europe. Pour les Grecs et les Romains, la mode était une caractéristique de statut qui distinguait les riches des pauvres et les libres des non-libres.

Un code vestimentaire strict

Les vêtements des Romains sont devenus des modèles pour toute la région méditerranéenne. Ils portaient la tunique et la toge, qui étaient essentiellement influencées par les vêtements grecs. La tunique était faite de laine ou de lin et était disponible en différentes longueurs. Il était porté par presque tout le monde à Rome. La toge, en revanche, était réservée aux citoyens masculins de Rome et n’était portée que lors des grandes occasions. La toge d’un haut fonctionnaire ou d’un dignitaire était en outre bordée de rayures violettes frappantes.

Il y avait des règles fixes pour enfiler la toge, le drapé des plis ne sentait pas comme une expression de goût personnel comme chez les Grecs. Comme la toge ne pouvait être portée que par les personnes ayant la citoyenneté romaine, elle distinguait le citoyen romain des esclaves et des non-Romains.

L’heure de gloire du métier de coiffeur

Même les dames romaines aimaient les coiffures artistiques et passaient donc des heures chez le coiffeur. À l’époque impériale romaine, les femmes nobles portaient des tours de boucles, de vagues, de tresses ou de postiches ainsi que des perruques et des diadèmes. Même la couleur des cheveux pouvait être modifiée à cette époque. Il y avait des teintures pour cheveux rouges et noirs ainsi que des agents blanchissants pour la décoloration. 

Les maisons royales comme modèles de mode

En 330 après J.-C., l’empereur Constantin a fait de Byzance (l’actuelle Istanbul) la nouvelle capitale de l’Empire romain. Les habitants de Byzance ont lentement commencé à profiter des produits de luxe provenant de toute l’Europe. Alors que les Romains étaient initialement fiers de leurs vêtements simples, l’extravagance s’est accrue.

La famille royale byzantine était le leader de la mode à cette époque. L’impératrice Théodora était très attentive à son apparence de la tête aux pieds et avait toujours une allure sensationnelle. Elle a été le précurseur de la mode courtoise, qui allait devenir un modèle à la mode pour les classes inférieures plusieurs siècles plus tard.

La notion de mode ne saurait être appréhendée sous un angle utilitariste.

Elle dépasse amplement la nécessité de se vêtir. La mode existe depuis l’Antiquité. Le terme romain « modus » signifie à peu près la même chose qu’aujourd’hui et au Moyen Âge le mot « mode » est déjà présent avec notamment une définition liée à l’habillement, comme aujourd’hui.

Le xviiie siècle marque la naissance des premiers magazines de mode, notamment des gazettes peu illustrées, mais les livres sur la mode sont déjà présents avant. La Galerie des modes et costumes français est ainsi publiée dès 1778. Livres, gravures, poupées de mode pandores sont quelques moyens permettant aux nouvelles tendances de se répandre. Les poupées de France sont des figurines habillées que les dames prennent plaisir à se présenter et à s’échanger entre elles à l’occasion de rencontres afin de découvrir et de faire découvrir la mode qui ne dispose pas encore de canaux de diffusion à grande échelle.

Au début du xixe siècle, les premiers magasins de vêtements à prix réduit voient le jour.

Tous les livres sérieux sur l’histoire de la mode remontent à la plus haute Antiquité, comme Histoire du Costume de François Boucher (1965). Charles Frederick Worth aurait le premier eu l’idée, vers 1858, de faire défiler ses modèles sur de vraies femmes (alors appelées « sosies ») dans des salons où les clientes venaient choisir.

Depuis des siècles, chaque génération possède sa nouvelle mode vestimentaire et ses élégants : fringants, coqueplumets, mignons, précieuses, muguets, petits-maîtres, merveilleuses, incroyables, dandys, gommeux, garçonnes, zazous, branchés, etc.De jeunes londoniens dans les années 1960.
L’élégant au rendez-vous du Palais Roya
L’élégant au rendez-vous du Palais Royal, dernier tiers du XVIIIe siècle.
Le vêtement, lui, est apparu pour des raisons initialement fonctionnelles : de nouveau pour se protéger des intempéries et des agressions extérieures mais également pour protéger son corps du regard des autres en respectant la pudeur et en ménageant les attitudes de séduction. Puis, au fur et à mesure, il a été étoffé, décoré, et accompagné d’accessoires. On va commencer à porter des bijoux, à se maquiller et à se parfumer ; c’est à ce moment qu’on ne parle plus seulement de vêtement, qui a d’abord un but fonctionnel, mais de mode, qui a des fins plus séductrices.

L’essor de la mode à la fin du XIXe siècle

la production en série, qui permet de dupliquer des articles en grande quantité ;
la naissance d’une première forme de classe moyenne urbaine résultant de l’exode rural ;
la diffusion massive de la presse, qui constitue un relai de premier ordre.
La mode est un phénomène multifactoriel. Elle combine des aspects créatifs, médiatiques, industriels et commerciaux, ce qui en fait un élément complexe de la société. Avec le développement des moyens de communications et des transports, toutes les créations dans le domaine de l’habillement sont accessibles à la majorité des gens, tous groupes sociaux confondus.

Depuis le milieu du xxe siècle, la mode s’est petit à petit construit une image de phénomène de société incontournable. Les couturiers, tel Paul Poiret au début du siècle évoqué, puis Madeleine Vionnet, Cristóbal Balenciaga, Christian Dior, Yves Saint Laurent, Hubert de Givenchy, Pierre Cardin et Coco Chanel ou André Courrèges, Nina Ricci et, plus récemment, Thierry Mugler, Giorgio Armani, Gianni Versace, Christian Lacroix, Helmut Lang, Miuccia Prada, Jean-Paul Gaultier ou Tom Ford, sont devenus des personnages publics. Ils se sont progressivement transformés en créateurs de tendances pour les grands noms de la distribution internationale. Leur rôle est ainsi devenu plus proche du public consommateur ordinaire. Le paradoxe restant que leur notoriété les classe parmi les célébrités.

XVIIe siècle (baroque et classique)

Au début du règne de Louis XIV, l’industrie du luxe est placée sous contrôle de la Couronne. La France devient véritablement l’arbitre du bon-goût et du style en Europe. L’importance de la mode française et de sa notoriété sont en partie dues à la création de la presse de mode au début des années 1670 (notamment grâce à Jean Donneau de Visé) qui transforme l’industrie de la mode, répandant les silhouettes et tendances françaises au-delà de la Cour royale et popularisant les notions de saisons et de changement de styles. Les gravures , de plain-pied, portant des toilettes répondant aux dernières tendances. Seules les silhouettes sont travaillées, aucun détail n’est apporté dans l’esthétique des visages.

Tendances

Des règlements qui existaient depuis le xiiie siècle déterminaient la mode : rédigés dans les communes par des magistrats et des seigneurs, ils avaient pour but de conserver les bonnes mœurs, aider la propre industrie, se protéger des influences étrangères et de luxe inutile, mais le but principal était de conserver les différences des classes.

Les femmes portaient des cols plus effilés, car le décolleté était élargi jusqu’aux épaules. Elles portaient le plus souvent des jupes en forme de cloches et des corselets avec un grand décolleté. Les manches arrivaient jusqu’aux coudes au maximum. À la maison chaque femme portait un manteau de maison. En France et en Angleterre, les femmes se protégeaient le visage avec un masque, et beaucoup plus tard avec un voile. L’Italie et l’Allemagne ne se sont pas ralliées à cette coutume. Autour du cou, les femmes aimaient bien se mettre un col en four, qui était appelé « petit four aux puces », parce qu’on pensait qu’il était destiné à attirer les insectes. Contrairement aux Italiennes, les femmes en Espagne, Allemagne, France et Angleterre ne montraient jamais leurs vrais cheveux. La minceur générale des femmes était soulignée par les corselets, qui étaient munis de ressorts d’acier d’une longueur d’un demi-mètre. À la fin du xviie siècle les premières « mouches » apparurent sur les visages des femmes.

XVIIIe siècle (rococo et débuts du nouveau classicisme)

Le monde pré-industriel n’était pas indifférent à l’apparence, mais celle-ci avait pour fonction de théâtraliser la hiérarchie sociale. À l’opposé du rejet contemporain de l’uniforme, la coutume assignait à chacun son habit en même temps que son rang social. Jusqu’au xxe siècle, le vêtement de la femme change peu dans sa ligne générale, sauf lors du Directoire, mais les vêtements des courtisans frappent par leur splendeur. Le grand seigneur porte sur son dos sa richesse foncière, pour la montrer, au risque de la dilapider. L’indépendance d’esprit de l’aristocratie se manifeste à certaines époques par la mise en valeur libertine du corps.

En France, c’est au xive siècle que commencent à se diffuser dans le pays les usages vestimentaires de la Cour. La haute couture parisienne sera l’héritière de ce phénomène. Mais la noblesse est protégée de toute véritable immixtion par ses privilèges, y compris celui de porter talons rouges. Peu avant la Révolution française, des almanachs de mode illustrés font connaître la mode de Paris aux lectrices de province et d’Europe. Le même phénomène s’était produit un peu plus tôt en Angleterre. C’est là l’apparition de la presse de mode, ce vecteur essentiel de la libéralisation de l’habit.

Les styles extravagants de la cour royale française ont conduit à d’immenses dettes, à charge des contribuables. Ces dépenses incommensurables ont d’ailleurs contribué à la mauvaise réputation de Marie-Antoinette, constituant même une des revendications à l’origine de la Révolution Française. Même longtemps après sa mort, Marie Antoinette demeure une icône culturelle majeure, associant glamour et richesses.

Du côté royaliste, Muscadins à la chute de Robespierre, Incroyables et Merveilleuses sous le Directoire, préfigurent le dandysme, voire les futures tribus urbaines. Mais l’accent demeure évidemment mis sur l’appartenance à une élite aristocratique : le droit à l’excentricité est lui-même un privilège. Cependant, la loi du 8 brumaire de l’an 2 (29 octobre 1793) proclame la liberté de s’habiller comme on le souhaite, ce qui préfigure la démocratisation dans l’habillement.

Fin du XIXe et XXe siècle (Belle Époque et Années folles)

Les variations du corset telles que pensées dans les maisons de couture en 1912.
La mode se constitue réellement avec l’invention de la haute couture qui, tout en recrutant sa clientèle parmi les élites classiques, n’a cessé de mettre en scène sa proximité avec la nouvelle aristocratie des artistes. Le créateur de mode réussit à s’imposer comme un « artiste du luxe », selon l’expression de Lipovetsky dans L’Empire de l’éphémère.

Au xixe siècle, Charles Frederick Worth invente les mannequins vivants et, au début du xxe siècle, Jeanne Paquin les défilés de mode. Il existait une vingtaine de maisons de couture à Paris en 1900 (une centaine en 1946, approximativement une quinzaine à l’aube de l’an 2000). Le grand couturier n’est plus un artisan au service de ses clients, il fait partie de leur monde, un monde plus mélangé qui se constitue sous le Second Empire et se cherche une âme en même temps qu’une légitimité. Avec le dandysme, théorisé par Baudelaire, il les trouve : la correction de l’élégance tient lieu de naissance, tant l’esthétique constitue en fait une éthique, inimitable pour celui qui n’est pas déjà un élu.

Dès les années 1830, la confection (le futur prêt-à-porter) apparaît. Elle alimente d’abord les magasins de nouveautés, puis les grands magasins7. Elle sait populariser la mode, utiliser des imitations bon marché des matières nobles. Elle possède ses propres créateurs talentueux, comme Jean Paul Gaultier devenu connu à partir des années 1980. Depuis la création par Yves Saint Laurent de sa collection Saint Laurent rive gauche, on peut parler d’un prêt-à-porter de luxe, qui n’est pas un simple succédané de la haute couture. La haute couture, qui travaille pour un nombre très réduit de clientes, semble hésiter entre le statut d’art pur et celui d’un outil de promotion pour les accessoires de mode et les parfums.

Les années 1930 ont été marquées par un aspect nouveau dans le monde de la mode : la collaboration entre créateur et artiste. Elsa Schiaparelli, grande créatrice de l’époque, rencontre Salvador Dali, le célèbre peintre espagnol. Leur amitié donne naissance à une collection hors du commun, mélangeant styles artistiques et imaginations fulgurantes. La robe Homard de 1937 est la pièce parfaite illustrant la fusion des deux : ce homard rouge sang sur une robe blanche semble être le symbole de l’obsession sexuelle du peintre. Elle reste d’ailleurs une pièce célèbre et incontournable lorsqu’il est question de mode.